Considérons le Mali comme un plateau d’argent qu’on offrit à IBK en 2013, il est aisé de voir qu’il s’intéressa tant à la valeur (l’argent) du plateau qu’il en oublia que le plateau (le Mali) et sa valeur sont indissociables. IBK mène le Mali à sa perte. La tenue de l’élection présidentielle de juillet 2018 n’y changera pas grand-chose. Qu’il se présente ou non au scrutin, il n’y gagnera rien. S’il gagnait, c’est le Mali qu’on perdrait. De 2013 à 2018, que des pertes ! Des vies humaines. Des valeurs. Des souverainetés. Cinq (5) ans de défaite morale. IBK avait promis la victoire partout et sur tout, mais il fut vaincu en tout et pour tout.

Ego et vanité



« Six choses que vous ignorez sûrement sur «IBK», le nouveau Président », dans cet article publié en 2013 sur le site (nouvelobs.com), la journaliste française Nolwenn Le Blevennec revenait sur les éléments qui ont servi ou pas dans la construction de la figure politique et médiatique du président élu. IBK y est décrit, entre autres, comme « un autre «De Gaulle» africain », « le représentant du monde de l’argent », un « Malien très parisien » et elle soulignait que « IBK parle de lui à la troisième ». Au-delà des insuffisances de l’article, la journaliste a tout de même reçu à cerner son personnage.
Le fait que IBK soit un « Malien très parisien » pour y avoir « vécu 26 ans » suffirait-il pour faire de De Gaulle et non du président Modibo Keita, son modèle politique ? Aurait-on utilisé la même référence gaulliste s’il s’agissait des anciens présidents Alpha Oumar Konaré et Amadou Toumani Touré ? Dans le paysage politique malien, il n’est pas si fréquent de voir des acteurs politiques se revendiquer de l’héritage du président Modibo Keita et s’inscrire dans sa pensée politique. Tout est fait pour rentrer dans les grâces de la France. En 2015, lors de la célébration du centenaire de la naissance du seul président de la Première République, IBK tenta une récupération politique de l’événement. Seulement, les deux présidents sont si différents qu’il est impossible, au-delà du hasard du nom de famille, d’établir des similitudes entre eux. Modibo Keita a fait huit (8) années à la tête de la République du Mali, cependant, nous ignorons toujours le rapport de cet homme d’État à l’argent tant il ne se souciait guère de sa propre condition matérielle, seul le sort du Mali lui importait. On se demanderait même s’il percevait un salaire et s’il profitait des avantages de sa fonction. Le président Modibo Keita avait un désintérêt total pour l’argent.

                                                                                             
        IBK, l’argent et le pouvoir



Si l’altermondialiste Aminata Dramane Traoré considérait, pendant la présidentielle de 2013, le candidat de l’URD Soumaila Cissé comme le « symbole, l’incarnation de la finance », IBK n’en était pas moins « le représentant du monde de l’argent ». IBK a un goût immodéré pour le pouvoir et l’argent. Partout où il est passé, les finances publiques l’ont senti et les dépenses ont explosé. IBK est tout le contraire d’un président Modibo Keita, d’un Thomas Sankara ou encore d’un Alpha Oumar Konaté. On se souvient que le président burkinabé Thomas Sankara imposa des Renault 5 comme voitures de fonction à tous les membres du gouvernement en commençant par lui-même. Cette figure du panafricanisme qui est le Capitaine Sankara n’est pas un modèle pour IBK, mais De Gaulle selon la journaliste.  Il se raconte que le premier ministre IBK (1994-2000) roulait en Mercedes quand le président AOK se contentait d’un Peugeot 605. Il n’a pas non plus eu l’idée de baisser les indemnités des députés quand il fut président de l’Assemblée nationale (2002-2007). Contrairement à AOK qui ne s’est pas offert le luxe d’un avion présidentiel, sans se contenter de l’avion acheté par ATT dans lequel il a pourtant voyagé, IBK, malgré les maigres ressources de l’État et le niveau d’endettement de notre pays, s’est tout de même payé un avion de confort.
IBK n’a visiblement pas le même sens des priorités que les Maliens. De fait, les citoyens ont tout de suite vu que l’artifice politique « Le Mali d’abord » n’était que « Ma famille d’abord ». L’avion de confort présidentiel avant les avions militaires. La rénovation du domicile personnel avant les réformes économiques.  « L’habitude [étant] une seconde nature », il serait incompréhensible d’exiger de la rigueur et de la bonne gouvernance chez IBK. Soyons sérieux !

De force ou de droit, IBK savait que le pouvoir lui reviendrait un jour. Le premier facteur aurait favorisé le deuxième. Il n’a pas été élu par la junte militaire mais celle-ci contribua « fortement » à son élection. Le président Modibo Keita a souffert pour prendre la destinée du Mali. Il entretenait une relation morale avec notre nation, il savait ce que sa personne valait et ce que le Mali représentait. Même après le coup d’État (1968), il refusa de renoncer à ses convictions pour faire plaisir à des bidasses égarés devant la réalité du pouvoir. Cette pensée de Edgar Morin reflète bien la situation du Mali post-Modibo Keita, « quand il n’y a plus de grande idée, quand il n’y a plus le sentiment d’une grande Mission, il n’y a alors que des ambitions mesquines et des coups bas. »

Mahamadou Cissé
Méritocratie Malienne