« Le sanglot du président malien », « le président en larmes », « IBK, des larmes et des larmes » ce ne sont pas les titres qui manquent. L’on se souvient encore de ces images d’un président -élu dans un pays en guerre- avec des dictionnaires français en plein Conseil de ministres. Et des Maliens trouvaient cette mise en scène « sympathique ». Quelle tristesse ! Mais quel contraste ! D’une part, entre l’image qu’on avait de l’homme et les actes du président et, d’autre part, entre la gravité de la situation et la légèreté du Chef de l’État dans son exercice du pouvoir. Les Maliens pensaient avoir élu un « homme à poigne » mais ils ont eu un homme aux larmes faciles. En même temps, on ne peut l’accuser d’être « humain » et d’avoir des émotions. Sans risque de se tromper, IBK n’avait pas mesuré la gravité de la situation. On l’avait dit. On ne nous a pas crus. Mais le président en avouant qu’il s’est désormais réveillé « TIÉKOROBA WILILA », a mis tout le monde d’accord. On ne vivait pas dans le même Mali que IBK, on n’avait pas le même rapport au réel. A-t-il volontairement laissé « pourrir » la situation ?

Pourtant, tout avait si bien commencé. IBK voulait redresser le Mali. Et le contexte -tragique qu’il l’est toujours- était idéal pour démontrer ces capacités qu’on lui attribuait pour transformer le Mali. IBK s’inscrivait lui-même dans cette perspective. Il en a montré l’intention sans se donner véritablement les moyens. Ce qui expliquerait les départs de ses deux Premiers ministres Oumar Tatam Ly et Moussa Mara. Ils sont partis parce qu’IBK ne pouvait pas aller contre sa propre nature, celle d’un professionnel de la politique, qui passe les premières années au pouvoir à récompenser les alliés et à punir les adversaires à travers les accès aux postes de pouvoir et dans les administrations publiques, qui prépare la réélection à quelques mois de la fin du premier mandat. Le troisième Premier ministre, par lassitude, voulait sa liberté. Le quatrième fut sacrifié malgré ses talents et compétences. Et le cinquième et actuel Premier ministre a pour tâche, non pas de sauver le Mali, mais de recoller les morceaux d’une majorité vidée de sa substance et probablement mettre le Mali sur la route d’un véritable déchirement entre les citoyens.

Au lieu d’une gouvernance rigoureuse et saine, des cycles de délinquance financière organisée se succédaient (achat de l’avion de confort du président, les contrats d’armement militaires…) Sans pouvoir sauver le Nord, la gestion politique de IBK nous éloigne du Centre. IBK n’a même pas été capable de sauvegarder le peu d’acquis qu’il devait consolider. Il nous a fait perdre du terrain en ce sens que la menace glisse vers le Sud. Lui qui, pendant les campagnes électorales, a pris un énorme plaisir à se pavaner dans les dédales de Kidal. Car les symboles comptaient beaucoup. Un candidat tout habillé en blanc paradant dans le Kidal rebelle qu’il promit de réintégrer dans la République. Comment ne pas voter IBK devant tant de symboles ? Cette façon de se singulariser et de s’inventer un destin singulier par « des qualités prodigieuses, par l’héroïsme ou d’autres particularités exemplaires qui font le chef » et qui lui donnent « un pouvoir charismatique que le chef de guerre élu, le souverain plébiscité, le grand démagogue ou le chef d’un parti politique » exerce, d’après Max Weber.

Cependant, Kidal résiste toujours et le président a, cette fois-ci, promis de ne pas y mettre les pieds par « fanfaronnade ». Ce qu’il peut qualifier de fanfaronnade aujourd’hui est ce qui pouvait être qualifié d’électoralisme, de populisme hier. IBK va à Kidal pour gagner des élections. Sinon il aurait dû réserver ses premières visites à Kidal avant que la situation ne se détériore de par sa gestion. Il pouvait y marquer la présence de l’État dès le début de son mandat et garder ses contacts qui lui ont permis d’y faire une visite bien orchestrée politiquement. Il a refusé de dialoguer quand il fallait dialoguer. Il a préféré cliver les Maliens au lieu de les rassembler pour faire front commun. IBK n’était pas un homme d’État mais un politicien. Et il ne pouvait pas échapper au sort réservé au politicien. Il a perdu la main partout. Il n’a pas le soutien de l’opinion nationale et la communauté internationale « fait contre mauvaise fortune bon coeur ». Il est lâché de partout. À qui la faute ?

Les symboles ? IBK les a perdus depuis son élection. Il n’avait plus que des anecdotes. Des dictionnaires en Conseil de ministres pour dissuader les ministres de prendre la parole au risque d’être tancé par celui qui se qualifie comme enseignant mais qui n’a fait qu’un très bref passage dans l’enseignement. Il est plus rigoureux sur l’orthographe français que sur la bonne gouvernance. Car, il faut savoir bien parler français pour s’exprimer devant IBK qui reste toujours fier de ses années passées sur les bancs de la Sorbonne, qu’il rappela à des étudiants maliens qui, pourtant, n’ont pas toujours droit à un enseignement de qualité. Que dire de ces scènes où on voit un président en pleurs. En rendant hommage aux  journalistes français assassinés au Nord. À Bla quand le président apprit que les populations manquaient d’eau et d’électricité comme c’est le cas partout au Mali. Ici et là, le président aime pleurer et il ne s’en prive pas.

Des larmes ont coulé comme des années ont coulé, IBK a dit mais s’est dédit. Comment compter encore sur la même personne qui n’a plus rien à offrir à part des anecdotes ? La même personne qui continue à cliver, et pas seulement politiquement, une communauté de destin. IBK est responsable de tout ce qui se passe. Être responsable c’est d’abord être exemplaire et ensuite avoir une capacité de dissuasion. Il n’ y a plus de symbole. Tout est violé et en public. IBK ne peut ni réinventer ni faire respecter les symboles qu’il a lui même contribué à profaner.

Mahamadou Cissé
Méritocratie Malienne