L’État français n’a jamais été l’ami de l’État malien. Et il ne le deviendra jamais. Le premier président malien Modibo Keita a bien compris cela et il agit en conséquence. Dépassons et dépassionnons cette grille de lecture ! De fait, le président M. Keita reste encore dans nos mémoires comme celui qui affirma la souveraineté et la dignité du Mali partout dans le monde. Des Maliens et des Français partageant la même humanité peuvent se lier d’amitié même si les relations interindividuelles sont aussi déterminées par les relations historiques des pays. Ainsi, de la condescendance, du racisme qui s’ignore et du complexe traversent certaines amitiés. Un pays qui t’a colonisé, qui t’a déshumanisé et qui t’a exploité ne peut te valoriser et te considérer comme un ami. Le dominant vit de la soumission du dominé. Et le dominé qui s’approprie des mêmes outils de domination et de déshumanisation pour exploiter à son tour, prolonge la même logique de domination. Et c’est là où l’État français peut compter sur nos élites colonisées pour ériger la mauvaise gouvernance en  un système de prédation, de patrimonialisme et de néo-patrimonialisme.

Les États ont des amis

Quand Charles de Gaulle affirma que les « États n’ont pas d’amis » mais des intérêts à préserver, il n’a pas tout dit. Ce n’est pas que les pays n’ont pas besoin d’amis, que la France n’a pas besoin de pays amis mais que la France ne peut se lier d’amitié avec une ancienne colonie -ici le Mali. Car la France vit toujours de l’économie coloniale. La France vit des matières prémières qu’elle n’a pas mais dont elle a besoin pour alimenter ses industries. Aussi, l’Afrique francophone est son terrain de jeu. La France négocie sa place dans les relations internationales de par sa mainmise sur ses anciennes colonies. Et cette partie du monde fait de la France une puissance moyenne qu’elle ne sera pas sans l’Afrique francophone. D’où ses bases militaires dans nos pays.

De fait, l’écrivain Sénégalais Boubacar Boris Diop se demande si les anciens pays colonisateurs ne seraient pas jaloux de la France tant celle-ci continue à faire croire que ses anciennes colonies sont indépendantes alors qu’en réalité, elle continue de les rendre plus dépendantes par d’autres mécanismes. Quand on a fait ce constat, qu’est ce qu’il reste à faire ? Se demander encore si la France est honnête dans ses relations avec le Mali même si l’on sait qu’elle ne l’est pas ? Ou combattre la mauvaise gouvernance par laquelle se prolonge sa domination ? Une mauvaise gouvernance qui est l’oeuvre de nos propres élites ?

L’esprit du colonisé

Si j’étais le président IBK, je conclurais un deal avec la France en ce sens qu’il pourra transformer et capitaliser chaque critique faite par la France en soutien politique. Car, ce qui compte dans un patriotisme aveugle et étroit, ce n’est pas ce que dit la France mais pourquoi c’est la France qui le dit. Or, la France l’a toujours fait et ne l’a jamais caché. Elle vit de cela. Dans cet aveuglement, toutes les dérives de IBK sont reconnues mais dissimulées parce qu’elles ont été également dénoncées par la France. Pourtant, c’est parce que la France n’a aucun respect pour des dirigeants corrompus et faibles qu’elle se permet des vulgarités qu’elle ne dira pas au président algérien ou rwandais entre autres. La France est coupable de tout. Nous le savons déjà. Soit, nous sommes irresponsables en tout et en tant qu’État ou, nos élites sont co-responsables. La France ne respecte pas un pays qui ne se respecte pas. Nous souffrons de la mauvaise gouvernance plus que de la France. Nous serons respectés par n’importe quel pays le jour où nous arriverons à nous prendre en charge, à assurer notre dignité (alimentation, éducation, santé, sécurité…) La France ne respecte pas un pays dont les dirigeants se soignent chez elle et raffolent de sa nationalité. Elle ne respecte pas un Président qui est incapable d’assurer le bien-être de ses populations. Elle ne respecte pas un pays dont les élites se plaisent dans la soumission, dans la dépendance en toute indignité et déshonneur.

Pour paraphraser B. B. Diop, « rappeler en toute occasion [le néocolonialisme de la France] est presque une simple affaire d’hygiène mentale. » Ajoutons, cependant, que combattre la mauvaise gouvernance relève d’une question vitale. La mauvaise gouvernance est le feu à éteindre et ce travail ne sera pas fait par nos pompiers pyromanes d’élites colonisées. La mauvaise gouvernance nous divise en créant des riches et des pauvres et la France instrumentalise cette division qui est plus économique que sociale ou culturelle. La France ne nous sauvera pas. Mais la bonne gouvernance, OUI.

Mahamadou Cissé
Méritocratie Malienne