sans-titreCher cousin

C’est tout perdu que je t’écris cette lettre. J’ai eu mon bac et comme tu le sais, il y’a de cela six ans. Et bien Alhamdoulillah ! j’ai eu ma maitrise (sourire) et depuis je cherche un stage mais en vain, d’où ce long silence de ma part.

S’il te plaît, donne-moi les nouvelles du village, de Mâa et de Boua qui pensent que je les ai oubliés et ils ne veulent rien savoir de moi. Ils pensent que je dépense tout mon argent avec les filles de Bamako -n’te n’doko ila dêh, tignè bala- mais c’est plus compliqué que cela. A defaut des Bamako gorobinè, on coince un peu « les bonnes ». Mais ce qu’ils ignorent :

L’unité de mesure, ici à Bamako, c’est d’avoir un proche bien placé pour trouver du boulot, et même pour avoir un simple stage il faut que tu sois recommandé. La preuve, les pauvres n’osent plus se présenter à un quelconque concours. En ce qui concerne les recrutements dans l’armée, tous ceux qui ont candidaté cette année, avaient, au préalable, reçu une promesse (ils ont payé leurs places ou leurs parents leur en octroient d’office) voilà les deux solutions pour réussir aux concours et recrutements par ici.

Sûrement, tu me diras qu’ALLAH « beye » et que je devrais avoir foi en ALLAH

Mais parfois je me demande si ALLAH n’a pas zappé sur Bamako qui est actuellement dominée par des papiers. Ici, ils existent deux sortes de papiers : papier « valeur-mani » (qui représente l’argent ou la clé universelle) et des papiers de présentation (les diplômes ou titre maitrisard, ou encore il a sa licence en …)

NB : les papiers n’ont pas les mêmes valeurs à l’image de l’Euro et du CFA

Tu as du valeur-mani, tu deviens chef comptable avec un CAP en mécanique-auto mais bon ce n’est pas bien grave quand même hein tu seras formé dedans (sourire).

Tu as celui du titre ou de présentation, tu es quand même bon pour patiener et garder l’espoir.

Bon ça c’est juste entre nous hein « kana ni Kouma wôyô ».

Il faut une prise de conscience réelle afin de revenir à nos valeurs d’antan pour que chacun devienne intègre et se dévoue pour le bien de tous « Bara ka kè a kè tokola ».

Te souviens-tu de ce fameux IBK ? Oui « incha ALLAH » En seulement deux ans, le vérificateur général nous révèle que 153 millards ont disparu mais jusque-là on ne sait toujours pas ce qui en a été ou ce qui en sera de cette révélation. C’est rigolo non ? Avec cette soi disant lutte contre le chômage, les Koulikorois ont envahi Bamako tandis que quelques milliards suffisent à rétablir HUICOMA, donc empêcher des koulikorois de s’exiler. C’est juste une portion de solution sinon CMDT survit difficlement.

Qu’on nous ramène l’argent à n’importe quel prix afin de réduire le chômage en finançant les start-ups et les porteurs d’idées.

A force de faire du thé à longueur de journée, l’anesthésie n’a pas marché lorsque j’ai été enlevé ma dent à l’Odonto.

Ouuiiii du thé même si au village je ne connaissais pas le lipton, ici c’est ça l’emploi des jeunes (faire du thé).

Fatiguer et fâcher contre le régime IBKcratie. Ainsi, pour apporter ma pierre à l’édifice, j’ai rejoint l’opposition avant de me rendre compte que l’intérêt de la nation est leur denier souci. Djaaaaa c’est le début de la nouvelle campagne pour 2018, l’opposant malien, c’est quelqu’un qui voit le mal venir mais ne prévient même pas ses compatriotes ni chercher une solution, mais il le voit comme une chance pour gagner aux prochaines élections.

De ce fait, j’ai décidé d’aller vers le militantisme, vers l’action citoyenne en rejoignant la Méritocratie Malienne et sa section de communication en particulier. Lire, écrire, chercher, se renseigner et partager afin d’informer mes compatriotes pour que mon pays ne tombe pas dans le chaos. Eveiller et conscientiser afin que cette jeunesse qui a toujours répondu à l’appel, reste mobilisée pour défendre le BIEN COMMUN. 

Tu sais cousin j’ai même tenté le « Damada ». Là-bas, l’argent n’est pas chose facile dêh ! Humm j’ai failli y rester. J’ai trop creusé et j’ai eu un peu d’argent mais au regard de la vie extrêmement chère qu’on mène au « damada » (sôrô ta be bin doun ta ma).

Je parle trop et je le sais mais y’en a encore tellement à dire. Toutefois, je m’arrête là en espérant que tu recevras ma lettre et que j’aurai de vos nouvelles à toutes et à tous car Mali ko te ban fôla.

Merci

Ibrahima KONE