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L’usurpation d’âge ou <<les cheveux blancs 20 ans>> est une pratique qui a tendance à occuper de terrain dans beaucoup de services de l’Etat au Mali. En effet nombreux sont les travailleurs de plusieurs secteurs d’activités tels que l’éducation, la santé… qui ont dépassé l’âge normal d’être en fonction selon les lois du pays. Mais force est de constater que ces personnes sont toujours en poste, mais aussi et surtout ont l’âge requis pour les dits postes.


Ces tontons et tantes qui occupent divers postes dans divers services, dont au seul contact visuel, on se rend compte qu’ils sont fatigués et méritent la retraite, mais après vérification de leur pièces d’identité on constate qu’ils ont le même âge que leurs enfants ou petits enfants. En effet, la plupart falsifie leur acte de naissance pour pouvoir perdurer dans leurs fonctions autant qu’ils le souhaitent. Beaucoup d’entre eux, ne peuvent pas exercer normalement les tâches qui leur sont confiées à cause de leurs âges très avancés. Apres réflexion et maintes discussions sur le sujet, les causes de cet acte sont entre autres la cupidité, l’égoïsme, la soif du pouvoir…

La cupidité pousse beaucoup de gens à changer d’âge, plusieurs fois s’il le faut pour demeurer dans une position afin de bénéficier tout seul des avantages qui en découlent. La personne ne peut pas se permettre de quitter un tel luxe ou imaginer une autre personne dans la même position profitant des privilèges tels que le salaire, les primes et autres avantages.

Autre cause de cette pratique est que la personne a en tête que d’autres que lui ne méritent guère cette place. Cette idéologie pousse à changer d’âge pour pouvoir y demeurer éternellement malgré son âge avancé et la fatigue qui peut se lire sur le visage.

Personne n’est sans savoir que cette pratique a plus d’une conséquence sur le développement de la nation. Ça augmente le chômage des jeunes appelés à remplacer ces « cheveux blancs 20 ans ». Et ce statut de chômeur engendre beaucoup d’autres conséquences tel que la folie, la délinquance, la dégradation des mœurs, l’immigration…

Ils sont des milliers, ces étudiants qui terminent chaque année les études avec des maîtrise, licence professionnel, BT… En langues, droit prive et public, santé, construction, agriculture… mais quand ils réussissent à ces examens de fin de cycle, la plupart s’attriste ou manifeste leur joie doublée de désespoir car conscients que ces diplômes ne leur serviront pas a grand-chose sur le marché de l’emploi, pourquoi ? Est ce parce qu’ils ne sont pas authentiques ?
Ou parce que les détenteurs de ces diplômes sont incompétents ? Peut être mais surtout parce que ces jeunes diplômés n’auront pas pour la plupart la chance d’être mis a l’épreuve afin qu’ils prouvent de quoi ils sont capables du fait de ces tontons et tantes qui refusent de céder leurs fauteuils qu’ils adulent tant.

Normalement, à la réussite d’un examen de cycle, le candidat doit être heureux et plein d’espoir parce que tout simplement il va commencer à mettre à profit ses expériences acquises au cours de longues années de formation afin d’apporter sa pierre à l’édifice. Cependant, c’est tout le contraire qui se produit. Finalement, on termine les études pour seulement qu’il ne soit dit un jour que tu n’a pas ce poste parce que tu n’a pas fini ce diplôme en ce sens que dans notre système, c’est le diplôme qui atteste la compétence ? Cela est-il normal ? Le débat reste ouvert.

Pour la petite histoire, le jour où les résultats de notre examen de fin de cycle ont été affichés, étant dans mon village, je fus contactée par mon camarde de classe qui était resté à Bamako pour se débrouiller avant la proclamation des résultats. Pour m’annoncer la nouvelle, il s’est prononcé en ces termes je cite :

félicitations camarade, maintenant tu es chômeur à 100%, tu as eu ta maîtrise !!!

On a tous les deux rigolé sur le coup et c était dur pour nous mais c’était la triste réalité. L’Etat avait fini de nous former pour nous rejeter à la charge totale de nos parents qui pensent et espèrent de nous pour prendre la relève.

Je peux témoigner des cas de deux services de l’Etat : le ministère de la sante et celui de l’enseignement supérieur.

A la veille d’un concours d’entrée à l’ENSup, j’ai accompagné un camarade pour faire sa visite médicale qui était l’un des critères pour postuler. Arrivés sur les lieux, j’étais surprise et déçue de trouver une grand-mère et un grand-père dans le bureau, comme fonctionnaires. Ils ont du mal à voir les écritures même avec leurs lunettes, mais ils étaient là, travaillant pour l’Etat, mais pour le compte ou au détriment de qui ?
Comme si cela ne suffisait pas, la vieille dame a une radio sur son bureau qu’elle écoute, elle causait avec une autre vielle dame dont je suis sûre, n’était pas venue pour un service ce jour là. À cause de leur causerie, les visiteurs ont du mal à se faire prendre en charge comme il se doit par la vieille maman, la personne ne peut que prendre son mal en patience parce que si tu essaies de la raisonner et qu’il y’a dispute, à cause de son âge tu te verras tout simplement accusé d’enfant mal éduqué.

Le deuxième cas se passe à la faculté des lettres et des sciences du langage de Bamako, l’ex-Flash, précisément au département russe. À part le nouveau chef de DER nommé y’a pas si longtemps, tous les professeurs de ce département sont des « vieillards », la plupart devrait être à la retraite depuis des années. Et ils refusent qu’on dise qu’ils ont été en Russie, à chaque fois que cette appellation est utiliser pour les designer, ils interrompent pour rectifier qu’ils ont été non en Russie mais en ex Union Soviétique.

L’une d’elle était mon professeur de traduction en licence, on ne pouvait pas traduire un long texte durant ses deux heures. En effet quand elle lisait une phrase en Russe, nous traduisions, elle corrigeait en cas de faute ; le cas contraire on l’écrivait dans le cahier parce qu’elle a du mal à se tenir debout pour écrire au tableau. Et souvent lorsqu’on finissait d’écrire la phrase traduite, on devait la réveiller … Eh oui ! Elle dormait déjà la tête penchée avec le livre ouvert qu’elle tenait en main, et quand elle se réveillait, elle nous demandait en ces termes : on est à quel niveau ? N’y avait-il pas d’autres professeurs pouvant dispenser ces cours ?

Pour ma part je sais que les professeurs de russe sont une denrée rare, mais ma solution est la suivante : nous avons beaucoup d’étudiants qui ont été en Russie, qui sont engagés et motivés pour enseigner cette langue à d’autres. Mais ces jeunes ne sont pas mis a l’épreuve, ils reviennent avec connaissances et diplômes dans l’espoir de servir la mère patrie, mais ils ont du mal à trouver un poste même comme enseignant au lycée. Si ces jeunes ne pratiquent pas ce qu’ils ont appris, comment vont-ils développer leurs compétences ?

Pour finir, l’Etat aussi devrait jouer son rôle pour mettre fin à cette pratique en renforçant les contrôles dans ses services, mais surtout donner la chance aux jeunes afin de prouver de quoi ils sont capables. Sinon, une fois fatigué de faire du thé et d’espérer, on se tourne vers les boissons et les stupéfiants pour oublier les soucis. Finalement, sous l’emprise de ces choses, on perd le contrôle et on n’hésite pas à aller braquer une boutique, une banque ou un motocycliste en plein jour. Avec cet état d’insécurité, il est plus facile de se procurer une arme qu’une cigarette. Si chacun de nous joue son rôle, on ne pourra que se réjouir et se féliciter du résultat.

 

Sogoba Founé Nioko, Méritocratie Malienne (SC)