20160403_003547Une citation qu’ils veulent baromètre de la citoyenneté et du patriotisme. Qu’on ne cesse de brandir devant ces « incapables et irresponsables » coupables de leurs propres échecs. Que peuvent-ils attendre d’un Etat à qui ils n’ont rien donné ? L’Etat ne doit qu’à celles et ceux qui rentrent dans une certaine catégorie et à qui sont tolérés échecs et accidents de la malchance. De fait, l’Etat n’est plus là pour assurer l’égalité des chances à travers des services publics gratuits et performants, mais pour maintenir certain-e-s dans leurs privilèges tout en excluant d’autres.

En effet John F. Kennedy, dans ce discours prononcé en 1961, disait aux Américains

Vous qui, comme moi, êtes Américains, ne vous demandez pas ce que votre pays peut faire pour vous, mais demandez-vous ce que vous pouvez faire pour votre pays.

Faisant fi ou méconnaissant les réalités socio-politiques et économiques états-uniennes d’alors (ségrégation raciale, pauvreté, chômage…), les chantres de l’individualisme, du néolibéralisme et du non-interventionnisme de l’Etat s’en sont appropriés afin de prêcher la bonne parole hors des Etats-Unis. Et la formule toute trouvée pour consacrer la fin de l’Etat.

Et quel lien avec l’Afrique en général et le Mali en particulier ?

L’Etat-providence, combattu ailleurs, n’existe même pas au Mali. Dans nos ruralités où l’Etat n’existe presque pas, les Citoyens n’ont « jamais » rien attendu de l’Etat. Ne sachant même pas ce que l’Etat leur doit. Par contre là où l’Etat existe, ils savent ce qu’ils doivent à l’Etat car ils sont assujettis à l’impôt qu’ils s’acquittent en bonne citoyenneté sans recevoir en retour le minimum de services publics. Il en est de même dans les grandes régions et villes où l’Etat n’est sollicité qu’en période de concours de la fonction publique.

La théorie de l’Etat minimal prend tout son sens au Mali, « l’Etat veilleur de nuit » de Robert Nozick. Un Etat garant de la sécurité des personnes et des biens. Même là, nous savons que l’Etat n’a pas le « monopole de la violence physique légitime. » Ici, la question n’est pas de savoir si l’Etat existe au Mali ou pas. Mais comment créer un lien entre l’Etat les Citoyen-ne-s ? Comment faire en sorte que le Citoyen se demande ce que l’Etat a fait pour lui pour ensuite prendre conscience de ce qu’il doit à l’Etat ? Comment ramener le Citoyen à l’Etat et non l’en éloigner ?

Au lieu de chercher à déconnecter le Malien de l’Etat, il faudrait, au contraire, développer en lui un sentiment d’intérêt général. Ne pas privatiser le bien commun. Dénoncer et ne pas pratiquer le népotisme. Ne pas faire un usage privé et familial du bien public. Utiliser respectueusement et dignement le bien collectif. Solidifier les solidarités. Faire sien de cet esprit méritocratique qui interdit tout ce qui n’est pas mérité.

Pour le Président Modibo Keita,

chacun mettra ses bras, son esprit au service de cette foi commune qui nous anime, qui nous lie et grâce à laquelle notre génération que les événements ont placée face à des tâches si grandioses laissera à la postérité un pays engagé dans la voie de l’honneur, de la dignité, dans la liberté et l’indépendance.

L’Etat ne doit pas être que le garant des agents économiques mais des femmes et hommes sans qui, comme l’a souligné Mwalimu Julius Nyerere, un pays ne peut se développer. L’Etat doit assurer un niveau de vie décent et protéger les Citoyen-ne-s afin de ne pas y tomber en deçà. Autrement dit, l’Etat doit, sans empêcher les uns ni favoriser les autres, se donner pour tâche la prospérité des Citoyen-ne-s.

Comme le prône la méritocratie
, l’Etat doit aider les individus à découvrir leurs potentialités pour en faire des talents et des compétences pour soi et de soi aux autres. Créer des liens entre des individus et non les justapoxer en fonction de leurs échecs et réussites.

Mahamadou Cissé
Citoyen sans mérite