De prime abord, comment justifier cette thèse qu’en ne considérant pas cette maxime malienne « ko dé bebi a tabaka de bolo. »

Comment expliquer cette attitude à la limite sourde et insensible au cri du peuple, preuve d’une mise à mort de la démocratie -une chose qui ne déplairait pas à la Méritocratie- de la part d’un amoureux à brin nostalgique du latin de la Grèce antique ?

Est-ce le 77 % qu’on croyait un plébiscite pour IBK, ne constitue-t-il pas un frein à toute action et vision politique cohérente et efficiente, et au-delà un risque pour son avenir politique ou une voie pour sa retraite politique ?

En effet, après les élections, « je n’ai pas été élu par le RPM, mais par les Maliens », « cultiver l’excellence » étaient entre autres des paroles qu’on attribuait au tout nouveau président IBK.

Il est aisé de dire que le président d’une république n’est pas le seul président de son parti mais le président de tout un pays. Mais, il serait naïf de croire, -sauf novice en politique-, qu’un politicien ne peut à lui seul, -sans apport et le travail d’une association ou formation politique derrière- prétendre à une élection aux plus hautes fonctions de l’État.

Même ATT -candidat indépendant en son temps- avait un appareil associatif ou politique derrière. Ce n’est pas seulement qu’une affaire de charisme, d’aura ou de « capital symbolique. »

De ce fait, IBK s’est toujours refusé jusque-là de choisir un premier ministre dans sa formation politique -le RPM-. Bien malin celui qui pourra nous dire le pourquoi du comment.

En politique, choisir un premier ministre dans son rang, n’est pas en soi une parole prescrite ou gravée dans le marbre mais cela peut démontrer également une marque de confiance entre le président et son parti d’une part ; et d’autre part, la preuve d’une ligne claire et cohérente du projet et vision politique que le président entend conduire avec sa majorité. Un projet préparé avec son parti et dont ses hommes et femmes ont expliqué et défendu tout le temps des campagnes et à l’endroit des populations.

Cependant, au-delà des 77% dont IBK s’attribuerait les fruits à lui seul -à son image et sa carrière politique- et non pas à son parti -étant donné que dans la foulée, le RPM est sorti vainqueur des législatives-, le fait qu’il soit à son 3e premier ministre démontre une certaine incohérence ou manque de vision de la part du président. « Le leadership galvaudé » selon le Dr Makan Diallo.

A en croire IBK lui-même, la séparation avec le premier ministre Oumar T. Ly, serait la conséquence de certains désaccords. Si O. T. Ly s’était inscrit dans cette logique de « cultiver l’excellence et le mérite, de mettre les femmes et hommes à la place qu’il faut », IBK l’entendait autrement. Pour preuve il expliqua lors d’un entretien informel que le jeune Tatam Ly voulait se séparer de certains ministres et proches, sans lesquels lui, IBK, ne serait pas là comme président. Et par conséquent, lui, IBK n’allait pas trahir ses amis. Cela n’est pas une mauvaise chose en soi, mais le premier ministre se doit aussi de travailler dans un environnement sain, dans une certaine rigueur et unité pour conduire des actions publiques cohérentes et efficaces.

Toutefois, il sera obligé de le faire, de se séparer de ses amis plus tard sous la pression du FMI et de la Banque mondiale.

Par ailleurs, cette histoire donna plus de crédit et de légitimité à O. Tatam Ly qu’à IBK.

Le sort du 2e premier ministre aussi fut scellé, non pas par manque de vision et de travail -sur ce plan Moussa Mara se passerait de tout commentaire, sa carrière parle d’elle-même-, mais à cause du RPM -son aile dure- qui ne pouvait plus supporter l’affront de ne pas à travailler avec un premier ministre issu de son rang. D’autant plus que M. Mara est un homme politique qu’on dit prometteur, donc un probable challenger du RPM que l’avenir nous dira, certes.

Rien que ces raisons, peuvent expliquer dans une certaine mesure la difficulté d’un chef d’État à mettre en place des politiques publiques claires, cohérentes et efficientes. Et le Mali se dévalorise à la fois aux yeux de l’international avec l’échec de nos compatriotes aux postes de présidence des institutions sous-régionales et internationales, et aux yeux du national avec les crises structurelles liées au chômage, à l’éducation, à l’économie, à la santé, à l’armée, à la sécurité, j’en passe et des pis…

Un premier ministre RPM aurait-il fait mieux ?

Et le peuple, est-il entendu ? Ce peuple qui est au départ, au milieu et à la fin du processus démocratique ? -Apparemment non !

Si un président dirige avec un projet et une vision et non au gré, aux caprices ou aux sentiments de son peuple, il est tout aussi clair qu’on ne peut pas non plus gouverner ce même peuple par décrets et communiqués, comme c’est le cas au Mali.

Le peuple est-il entendu quant il parle d’insécurité ?

Le président écoute-t-il son peuple quant il crie son ras-le-bol par rapport au chômage, à l’inefficacité du service public, à la détérioration du système éducatif, aux perspectives sombres et pessimistes de l’avenir de la jeunesse, à l’improductivité de l’agriculture et en l’absence d’une politique saine de santé ?

Sur quels critères le président doit-il mettre fin à la fonction d’un ministre ? Sur l’échec de la mise en œuvre d’une politique, l’absence de résultat ou seulement si le président en juge nécessaire et au risque de se mettre le peuple à dos ? Ici, nous n’allons pas même pas parlé de moralité !

Il est probable que la demande de certaines têtes par certaines personnes cacherait d’autres enjeux individuels -égoïstes- qui n’ont aucun rapport avec l’intérêt général. Cependant, dans un système où c’est toujours la majorité qui a raison et qui l’emporte, doit-on l’ignorer surtout quand il ne s’agit pas d’élection, mais des réalités qui touchent à la vie quotidienne ?

IBK doit-il continuer à ne pas écouter son peuple sur certains sujets brûlants et qui concernent en premier lieu, le peuple lui-même ?

La Méritocratie Malienne, dont le seul vœu demeure sa réussite pour faire l’honneur du Mali et réaliser le bonheur des Maliens, l’exhorte à plus d’écoute de son peuple, à sillonner les villes, campagnes, fractions et hameaux comme l’ont fait ses prédécesseurs pour ne pas perdre en vue son peuple et devenir étranger à ses préoccupations. Ses communicants et conseillers ne doivent pas être un obstacle entre lui et son peuple.

IBK est assez historien pour connaître les conséquences.

Certes, le Mali n’est pas un pays normal, raison de plus pour que le comportement du Président reflète cette réalité, en rassurant et en rencontrant ses citoyens autant à l’intérieur qu’à l’extérieur du Mali.