Facebook est à l’origine consacré au loisir de ses membres. Pourtant, par leur propre initiative, ceux-ci vont spontanément politiser le réseau.

téléchargementPour illustrer cette pratique propre à Facebook, J’ai  choisi l’exemple de la situation récente au Burkina Faso. Depuis les années 2000, alors que les Africains sont plus connectés à internet — et donc aux réseaux sociaux —, le continent connaît de nouvelles formes de politisation de la jeunesse grâce aux nouveaux médiums que sont les réseaux sociaux. Ceux-ci ont joué un rôle prépondérant dans leur mobilisation et la formation de leur intérêt pour la politique, inaugurant une rupture avec la pratique traditionnelle de la politisation. C’est particulièrement le cas de Facebook.

En effet, Facebook, qui à l’origine est un réseau social permettant d’une part aux individus de rester en contact permanent, d’échanger des photos et des informations, et d’autre part aux entreprises de diffuser leurs informations et de faire leur publicité, a depuis un certain temps — et notamment dans les conjonctures politiques tendues — été non seulement politisé, mais a également politisé ses utilisateurs et été employé à des fins politiques.

En octobre dernier, une révolte populaire conduite par des jeunes majoritairement connectés à internet, des organisations de la société civile et des partis politiques, s’est tenue au Burkina Faso contre le président B. Compaoré, qualifié de dictateur par ses opposants. Celui-ci a finalement quitté le pouvoir le 31 octobre 2014.

Or, la mobilisation a tout d’abord débuté par la création de groupes Facebook tels que « Blaise Compaoré DOIT Partir », « Conseil National de Résistance au Référendum – CNR Burkina » ou « Le Balai Citoyen », sur lesquels les membres véhiculent des messages politiques et font intervenir des constitutionnalistes pour expliquer les enjeux de la modification constitutionnelle permettant au président de se représenter. À travers ces interventions, les groupes ont participé à la politisation des jeunes Burkinabés. Et de Bobo-Dioulasso à Ouagadougou, toutes les grandes villes étaient connectées à internet.

téléchargement (1)Des milliers d’internautes utilisateurs de Facebook, qui étaient perçus comme des citoyens passifs et qui se sentaient politiquement incompétents, ont ainsi fait leur entrée dans le débat politique. Le réseau social a représenté une véritable instance de socialisation, notamment politique, et les administrateurs des groupes ont orienté leur usage vers des fins politiques. Leur objectif est de proposer aux internautes une vision jugée claire du régime, ainsi que les conditions de leur émancipation.

Suite au départ de Compaoré, les groupes Facebook ont procédé à la sensibilisation et à la mobilisation : ils ont supplanté les médias traditionnels, tout en informant les insurgés de la situation en temps réel. Les messages d’encouragement et les louanges des martyrs y côtoient des instructions pour se protéger des gaz lacrymogènes.

Enfin, la politisation continue même après les acquis de la révolution, sous une autre forme. Il s’agit maintenant pour ces « internautes leaders » de continuer la politisation des jeunes internautes, de les mobiliser et les informer. « Le Balai Citoyen » incite par exemple les populations à aller chercher leur carte d’électeur, la participation à des élections démocratiques et transparentes représentant pour eux le dernier stade de la révolution.

En d’autres termes, en plus d’être un puissant moyen de communication et de divertissement, Facebook a véritablement contribué à l’éveil des jeunes Burkinabés à la politique — soit à leur politisation. Facebook étant aujourd’hui le premier réseau social d’Afrique et du monde en terme d’utilisateurs, il est donc quasi-incontournable dans le processus de politisation des individus.

Amadou Bathily. Étudiant de Science Politique