En effet, comme l’écrit Bruno Bernardi,  » il faut se soucier de la démocratie  » parce qu’elle est en « passe de devenir, dans le discours contemporain, un terme vide, ne dénotant rien de déterminé, ayant pour seule fonction laudative ce qu’il est supposé qualifier.« Oui, je suis comme W. Churchill, un pessimiste vis à vis de la démocratie, pour le paraphraser, ce n’est pas le meilleur des régimes, ni le pire.
Comment croire en la démocratie qui est censée faire souverain le peuple, mais qui ne fait que l’exploiter sur la base de cette même démocratie.

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Un régime de la majorité bafouant sur son passage toute une minorité dont l’opinion est foulée à terre. Comme si dans un pays de blanc, il faut ségréguer les non-blancs, et dans un pays de noir, ségréguer les non-noirs. Oui, j’avoue l’exemple est caricatural. Comment expliquer ces immunités, ces privilèges, ces salaires, ces primes sans mérite des gouvernants tandis que les gouvernés sont en train misérer inégalement et injustement dans leur quotidien. Comment accepter que le peuple « souverain » ne soit souverain qu’au moment du vote, et après il tombe dans l’oubli et devient comme on le dit un « lambda », pour mieux marquer la différence. Quel honneur à la démocratie si peuple et candidats monnayent leur vote et élection ? Quand l’argent devient le baromètre de la démocratie, celui qui a plus d’argent obtient plus de votes et a plus de chance de se faire élire.

Comment récompenser le travail, valoriser le mérite, quand c’est les non-méritants -faut pas généraliser- qu’on récompense dans la démocratie.
Quand c’est le mandat, et non le travail, qui confère le mérite à un représentant.

Oui à la Méritocratie pour mettre tous -gouvernants et gouvernés- sur un même pied d’égalité en ne récompensant que les méritants.
Oui à la Méritocratie pour qu’un représentant ne tire plus sa légitimité que de son mandat mais aussi grâce aux mérites de ses actes posés.
Oui à la Méritocratie pour que le gouvernant se rende compte que son éjection n’est plus une question de mandat mais de mérite.

La démocratie est complexe. Sur la forme, le peuple est souverain, mais dans le fond il n’est qu’un instrument. Ceux qui ont hérité de sa confiance sont dans de meilleures conditions que ce peuple dont ils ont la tâche d’améliorer le quotidien.

Ici, il n’est pas question de dire que la démocratie n’a pas de côté positif ou de bien-fondés mais si elle marche bien sous certains cieux, elle n’est guère mieux des régimes qu’elle a remplacés sous d’autres.

téléchargement (2)Doit-on partout et tout le temps imposer la démocratie, au moment où sa légitimité est de plus en plus contestée?
Cherchons t-on avant de l’imposer, à savoir si elle serait bien compatible avec les valeurs et cultures de ce pays où on veut l’imposer. Les guerres au nom de la démocratie ne sont-elles pas avérées inefficaces car ne restaurant que le chaos et la terreur après ses pluies de balles et ses orages de bombes. Aucune de ces guerres n’a instauré un régime purement démocratique, pis, elles ont contribué à favoriser le terrorisme et le djihadisme qu’on veut combattre, quel paradoxe !

Si en Relation Internationale, on dit que la « paix démocratique » est un facteur de paix, on voit que ça ne marche que dans les pays occidentaux qui ont une tradition et une culture démocratique. Même si là aussi, tous les pays occidentaux ne partagent pas la même vision de la démocratie.

La « Charte du Mandé » n’est-elle pas un outil démocratique, mais en mieux, car elle a été élaborée en un moment où la démocratie n’était pas apparue, en Afrique, en tout cas. Cette Charte avait en y regardant de plus près, toutes les valeurs que la démocratie prône aujourd’hui. L’Afrique, ou le Mali aurait fait mieux en la matière en se servant judicieusement et précieusement de cet outil inventé par Soundiata Keita.

Oui à la Méritocratie, même si ça peut paraître comme un idéal, car il faut définir sa nature, son objet, sa fonction, ses bases, ses principes, son mode de fonctionnement, son mode de représentation et d’élection, son mode d’organisation juridique, socio-politique, économique et culturel.

La tâche n’est pas facile, certes. Cependant, n’a-t-elle pas le mérite d’être encouragé tant ce projet « Méritocratie Malienne » met non pas seulement en question la démocratie au Mali, mais aussi parce que la Méritocratie prône le travail et le mérite, tandis que le « démocrate malien » -pas tous- sous couvert de son mandat a plus de droit, de sécurité, et de légitimité que le peuple dit souverain.

 

Mahamadou Cissé